Patrimoine

 l'église Saint-Germain de Poilly

Dédiée à saint Germain, apôtre des Gaules (+448), dont la famille possédait de grands biens dans l'Auxerrois, l'existence de la paroisse de Poilly, et donc d'un lieu de culte, est attestée depuis le haut Moyen Age. Le moine Heiric d'Auxerre (841- vers 876) rapporte dans les Miracula sancti Germani une série de 13 miracles qui eurent lieu à Pauliacus, Poilly aujourd'hui, par l'entremise du saint évêque (1).


L'église de Poilly, comme beaucoup d'autres, a été construite en plusieurs étapes. Seules des fouilles nous apprendraient l'existence éventuelle de ses premières fondations. Si l'on en fait le tour par l'extérieur, en commençant par la place, on observe successivement :

  • Côté nord (vers la place) : entre des contreforts en pierre et en briques, le mur est percé à gauche de deux baies gothiques du XIIIe siècle et à droite d'une fenêtre Renaissance. La petite porte d'entrée de l'église est datée de 1693. Une chapelle seigneuriale a été bâtie sous Louis XIV, elle fait saillie sur la place, avec sa propre entrée réservée aux châtelains.
  • Côté ouest, la façade de l'église donnait sur le cimetière, qui a été déplacé vers son site actuel à la fin du XIXe siècle (?). Elle est flanquée d'une puissante tour-clocher carrée à huit contreforts et tourelle d'escalier polygonale, de 52 mètres de haut au niveau de la girouette, ce qui en fait un magnifique belvédère depuis sa coursive accessible au public lors des Journées du patrimoine. La toiture d'origine, arrachée par une tornade vers 1822 a été remplacée en 1847 par l'ensemble actuel composé du clocher, de la coursive ou balcon circulaire et du clocheton.
  • La façade est décorée d'un grand portail sculpté dans lequel s'ouvrent deux portes jumelées, dont l'une est murée. Ce portail finement décoré à la Renaissance (il portait la date de 1538) a été très endommagé par le temps et par les hommes, à l'époque des guerres de religion entre autres. Il est surmonté d'une frise évoquant la vie de saint Germain et le cortège ramenant son corps depuis Ravenne jusqu'à Auxerre. Au milieu, deux médaillons de belle facture représentent les évangélistes Jean et Luc.
  • Côté sud, vers la route, la toiture descend très bas entre la tour-clocher et la chapelle de la Vierge. On observe (comme à l'intérieur de l'église) des vestiges de colonnes engagées et des départs d'arcatures, restes d'un ambitieux chantier de surélévation de la nef, brutalement interrompu, sans doute à cause des guerres de religion.


On contourne le chevet à trois pans de l'église, qui comme presque toutes est orientée (tournée vers l'est, donc vers Jérusalem) pour retourner vers la place et descendre quelques marches afin d'entrer dans la nef, voûtée en berceau et lambrissée. Elle s'ouvre par de grandes arcades, à droite, sur un bas-côté destiné à accueillir un plus grand nombre de fidèles (le curé mentionne 700 communiants en 1789). Pour y accéder, il faut contourner l'énorme pilier sur lequel repose un des angles de la tour-clocher, orné d'une niche armoriée avec la statue de saint Vincent. Séparé de la nef par une élégante grille du XVIIIe siècle, le chœur surbaissé est voûté de nervures entrecroisées, dans le style gothique dit flamboyant de la fin du XVe siècle. Il abrite un monumental retable en pierre sculptée et peinte, surmonté des statuettes des saints Germain (au centre), Eloi et Sébastien de part et d'autre. Les inscriptions qu'on y lit, « Que ce lieu est terrible », « Tremblez devant mon sanctuaire » contrastent par leur sévérité avec les couleurs gaies et le style décoratif de l'ensemble. Deux panneaux peints de bonne facture encadrent le tabernacle : saint Pierre avec ses clés à gauche, saint Paul avec son épée à droite, datés de 1629. Ce retable, comme presque tout le mobilier de l'église, est classé.


Dans la chapelle seigneuriale élevée par Zacharie Thierriat et datée de 1688 se trouve le banc seigneurial d'origine, provisoirement démonté pour être restauré. Au-dessus de l'autel, une médiocre Nativité s'inscrit dans un très joli encadrement de fleurs et de fruits sculptés dans le bois. En face, côté sud, la chapelle de la Vierge présente un +autre retable en pierre surmonté d'une niche avec la Vierge à l'Enfant, le tout du XVIe ou du début du XVIIe siècle. Mais le tableau qui orne ce retable, l'«Institution du Rosaire », a été peint au XVIIIe siècle par un artiste d'origine locale, Jacques Machavoine, « peintre de l'Académie royale ».

On note encore la présence, dans le chœur, d'un lutrin monumental avec son aigle en bois doré d'époque Louis XIV et d'une inscription à la mémoire du fils d'un vigneron du pays, Edme Pourchot (1651-1734), professeur de philosophie et recteur de l'université de Paris. Une statue de saint Edme, archevêque de Canterbury dont le tombeau est à Pontigny et une autre de saint Jean-Baptiste, provenant de la chapelle de Marnay, sont visibles sur le mur nord. Toutes deux doivent être restaurées.

 

1. Marie-Laure Gout et Dominique Iogna-Prat, Les lieux du sacré dans les Miracula sancti Germani d’Heiric d’Auxerre et les Gesta pontificum Autissiodorensium, Mémoire de maîtrise de l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Monique Bourin, juin 2003 : « Heiric rapporte aussi une série de miracles qui ont lieu à Pauliacus (aujourd’hui Poilly-sur-Tholon, Yonne). Treize miracles y sont recensés et nous connaissons la provenance de dix bénéficiaires. Tous sont originaires du lieu, ou viennent de localités voisines. Ce lieu de culte, malgré l’importance qu’Heiric lui donne en y plaçant treize miracles, n’exerce son influence que sur un territoire restreint. »


Source : Jean-Paul DESAIVE


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